Ce dernier, au moins sur la forme, a fait bouger les lignes en conviant à « son» sommet Afrique-France non pas ses homologues chefs d’Etat mais des représentants de la société civile habilement choisis parmi les plus brillants des activistes qui veulent porter une autre voix et un autre regard de l’Afrique dans le concert des nations.
Je ne suis pas assez naïf au point d’applaudir des deux mains cette initiative au vernis révolutionnaire du président Macron mais qui n’est rien d’autre que du bluff. De toutes les façons, il est loisible d’observer que vis-à-vis de l’Afrique, un président français, qu’il soit un vieux routier de la politique ou une jeune pousse « En Marche», de droite, de gauche ou du centre, n’a qu’un regard de colonisateur condescendant qui, de temps en temps, peut faire semblant de se donner bonne conscience, surtout à l’approche des élections chez lui. Et en ce qui me concerne, la «macronie» je l’ai vomie depuis que son fondateur est venu à Ndjamena adouber le coup d’Etat en règle d’un fils Deby Itno royalement installé sur le fauteuil de chef de l’Etat du Tchad après la mort sur le champ de guerre de son père le maréchal Idriss Deby Itno lui-même putschiste patenté.
Alors l’ouverture du procès des assassins de Thomas Sankara au tribunal militaire de Ouagadougou, qu’est-ce qu’il va nous apporter que nous ne connaissions ou ne comprenions pas dans la tourmentée Françafrique? Je rigole quand je lis dans nombre de dépêches et de tribunes que ledit procès va permettre de connaître qui a donné l’ordre de tuer Sankara, puisque les circonstances de cet assassinat et même l’identité des membres du commando sont connus depuis 1987, décrites avec talent deux ans plus tard dans un livre-enquête par feu Sennen Andriamirado journaliste malgache et ami personnel de Thomas Sankara. En fait, le procès ouvert le 11 octobre va permettre simplement de confirmer ce que tout le monde sait : Blaise Compaoré, encouragé et soutenu par le pouvoir français et des satrapes africains mal à l’aise avec la révolution burkinabè comme Félix Houphouët-Boigny, Gnassingbé Eyadéma et Muammar Kadhafi, a fait tuer son frère d’armes pour s’installer à sa place. Assis à l’Elysée, François Mitterrand observait le film d’horreur en buvant du petit lait.
On peut comprendre comment Compaoré se soustrait aujourd’hui audit procès, niché dans un exil doré à Abidjan depuis que la rue l’a chassé du pouvoir à Ouagadougou après 27 ans d’un règne sanglant. Le commando qui a tué Sankara le 17 octobre 1987, entièrement composé des éléments de la garde rapprochée de Blaise Compaoré, était dirigé par Hyacinthe Kafando, lui aussi en fuite, après avoir été longtemps récompensé en tant que chef de la sécurité d’un président du Faso nommé Blaise Compaoré. L’adjoint de ce dernier pendant la révolution sankariste, Gilbert Diendéré, lui, est derrière les barreaux après avoir tenté en 2015 un nouveau coup de force après la chute de son mentor ; il sera au moins visible sur le banc des accusés du procès des assassins de Thomas Sankara qui va enfin s’ouvrir.
Alors à quoi ça nous sert de savoir « qui a donné l’ordre ?» au donneur d’ordre exécutif connu, Blaise Compaoré ? Ce dernier a beau acquérir une nouvelle nationalité et bénéficier de la protection de ses commanditaires supposés, il n’entrera pas dans l’histoire, si oui dans les pages noires réservées aux assassins de sa trempe. C’est sa victime, l’icône Sankara assassinée, dont le nom est plutôt gravé en lettres d’or dans les livres d’histoire. Eternellement ! Et c’est plus cinglant que le verdict du procès tardif annoncé contre Compaoré et comparses.
Emmanuel Gustave SAMNICK, Journaliste







